Tréguier comme la plupartMonument aux morts des communes de France a payé un lourd tribut à la Première Guerre Mondiale : 94 de ses enfants sont tombés au champ d'honneur. Après la Grande Guerre, il a fallu de multiples réunions au  Conseil Municipal de Monsieur Gustave de Kerguézec, pour aboutir à l'érection du Monument aux Morts que nous connaissons aujourd'hui.

Au Conseil Municipal du 11 décembre 1919 la question du monument aux morts est gardée pour la fin en raison de son importance. Un comité a "l'esprit le plus large et sans distinction d'opinions politiques ou religieuses sera chargé ... d'examiner un projet de construction... destiné à commémorer nos morts Glorieux." Le CM désigne les délégués pour constituer les bases du comité patriotique

Le parti pris était d'éviter les monuments du "commerce" de série industrielle... Projet Monuments aux MortsLe premier projet de Francis Renaud (1887-1973) , sculpteur, présente la "trécorroise" en kersanton, avec guirlande de laurier de 3 m de long et casque en bronze ; une grille d'entourage est prévue ; le monument devait être élevé Place des Halles.Le choix délibéré d'une représentation féminine, au lieu du traditionnel "Poilu", donne à  cette "douleur" ou "pleureuse" une symbolique très forte.

Le financement est difficile : la subvention municipale est de 4 000 F, la souscription publique rapporte 8 000 F et la subvention de l'Etat est de 520F (la loi des finances du 31 juillet 1920 détermine la subvention nationale par rapport aux centimes communaux et aux nombres de victimes communales ) ;le "comité patriotique " de Monsieur Etesse est obligé de revoir son projet à la baisse.

Finalement le projet est modifié et le monument est érigé dans la cour d'honneur de l'ancien Palais Episcopal (le boulevard Anatole Le Braz n'existe pas ) . Quelques Trécorrois déploreront dans une pétition , le choix de ce lieu, une ancienne terre d'Eglise , qui ne leur semble pas conforme à l'esprit de la loi (le Parlement a interdit les emblèmes religieux sur les monuments aux morts).

L'inauguration a lieu le dimanche 2 juillet 1922 par Monsieur Le Trocquer ministre des Travaux Publics.Le bal a été interdit et remplacé par une séance de cinématographe. Le même jour seront inaugurés le dispensaire anti-tuberculeux , les maisons ouvrières et le "champ des sports".

 

La Douleur (1)Le sculpteur Renaud avait  pris comme modèle , Marie-Louise Le Put , épouse Gaultier,native de Goudelin. Elle porte  la coiffe traditionnelle trécorroise "la touken" et  le costume  du Trégor.Cette femme , assise sur un banc de pierre se recueille et pleure ses morts, vêtue de la cape de deuil , la tête inclinée vers l'avant et le bas du visage caché par un pan de cape.

Pendant des décennies on affirma qu'elle était veuve de guerre et qu'elle avait perdu ses trois enfants à la guerre. Les descendants actuels de Mme Gaultier ont démenti cette légende si touchante : le mari du modèle est mort en 1956, ses trois enfants en 1905,1927 et 1964 ... quant à Marie-Louise Gaultier est décéda en 1979 à l'âge de 104 ans !

L'origine de cette légende demeure une énigme...  cela n'enlève rien à cette oeuvre souvent  qualifiée de "pacifiste" qui fait la fierté de Tréguier.