2016 Pont-Losquet (3)Depuis quelques mois, des manifestations paysannes éclatent dans toute la Bretagne ; les actions sont parfois violentes, toujours spectaculaires aux dépens des infrastructures routières et des édifices publics. La crise agricole se manifeste surtout par une chute des cours du  lait, du porc,  de la viande bovine ...Enième crise qui secoue la Bretagne depuis des décennies ! Enième manifestation de colère envers les ronds-points, les centres des Impôts, les permanences des élus ...

    Les Bretons, souvent issus du milieu agricole,  sont très sensibles au devenir de leur agriculture et donc des agriculteurs. Ils sont partagés entre un soutien inconditionnel et un désaveu pour les dégradations matérielles caractéristiques des manifestations agricoles. Nos élus  "soutiennent" de plus en plus la cause paysanne, les motions de soutien fleurissent dans les conseils municipaux, mais certains édiles plus courageux que d’autres, dénoncent les exactions dont sont victimes certaines communes  et veulent une autre orientation de la politique agricole : la fuite vers l'ultra libéralisme de la FNSEA  est dénoncée ; certains autres syndicats agricoles se montrent aussi très critiques...

  2016 LR Derrien (3)

Les villes du Trégor qui ont subi les manifestations ont souvent curieusement la particularité de n'avoir pas d'exploitant agricole sur leur territoire :Tréguier, Lannion , La Roche-Derrien .. ; Cette dernière paye sans doute (pas un déversement de gravats et de tôles amiantées au Boured !!!) la prise de position courageuse de son maire offrant un hébergement aux saisonniers "noirs" ramasseurs de "cocos". "Pont-Losquet" brûle mais pour quelle cause ?

     Les agriculteurs demandent une rémunération de leur travail au juste prix. Mais le libéralisme européen, soutenu par certains, a fait disparaître les régulations (plus de quota laitier par exemple !), dans un contexte mondial de globalisation  auquel s'ajoute l'intégration des exploitations agricoles par les  industriels de  l'agro-alimentaire. L'agriculteur breton n'est plus libre , ni maître chez lui  , il devient un esclave moderne...Quant au  système ultra libéral, il  va faire disparaître les exploitations familiales , place aux fermes de "1000 vaches"...

 La profession réclame l'harmonisation des charges en Europe et une plus juste répartition des marges dans les filières : la "transformation" et la "grande distribution" sont, ces derniers jours, la cible  de certaines  manifestations agricoles organisées par la base ; il est intéressant de voir cette base reprendre l'initiative !

 Il y a d'autres pistes :  par exemple , la Confédération paysanne prône "l'étiquetage de la viande bretonne ou française, mais accompagné d'une recherche de qualité qui offre une réelle différenciation auprès du consommateur" ; elle ne souhaite pas la baisse des charges sociales réclamées et accordées hier par le nouveau gouvernement. Elle dénonce le poids de l'endettement "faramineux".

     Prôner le "produit en France ", "consommer français" est certes une solution mais attention, aux rétorsions possibles des pays importateurs, la Bretagne a besoin de ses exportations alimentaires (cf la crise provoquée par la fermeture du marché russe)

     La responsabilité du monde paysan à travers ses coopératives et ses banques reste un sujet tabou : peu de manifestations devant la Cooperl ou le Crédit Agricole ; la banque verte a un énorme poids dans cette politique libérale provoquant  le  surendettement  et souvent la faillite de jeunes exploitants complètement désorientés.

    N'oublions pas non plus , que le monde paysan est le mieux placé pour sauvegarder notre patrimoine paysager rural et que les normes si décriés ne sont là que pour protéger notre environnement !

    Quant à nous consommateur, nous convaincre d'acheter quelques centimes en plus, les produits alimentaires ne devrait pas poser de problème. Manger la qualité mérite un prix juste !

     Quant aux politiques français et européens (que font sur le sujet nos députés européens  représentant la Bretagne ?) ils doivent proposer, en concertation avec les différents acteurs agricoles et les consommateurs, des solutions pour mettre en place  un nouveau modèle  pour l'agriculture européenne. François Collert Dutilleul, professeur à l'université de Nantes, proposait dans un point de vue récent d'Ouest-France "une exception agricole" sur le modèle de l'exception culturelle française pour protéger notre agriculture rurale ; pourquoi pas ? il nous faut choisir la voie de la raison...