La France est un pays où il fait bon vivre ; le niveau de vie s’est constamment amélioré depuis des siècles pour une majorité du peuple de France ; l’ascenseur social a  depuis la Révolution Française et les Trente Glorieuses permis à nombre de citoyens de ne plus connaître la misère  et parfois  permis d’accéder aux plus hautes fonctions. Mais il semble que depuis quelques années l’ascenseur social se soit arrêté et serait même en panne pour une partie du peuple. Il faut le redynamiser par un meilleur accès aux écoles, aux formations, aux  services au public (santé, transport…) et en développant une  plus grande justice sociale et fiscale.

    La France est de plus en plus riche, mais certains Français ne disposent plus de revenus suffisants alors que d’autres ont des  aisances financières énormes ; cette disparité n’est pas nouvelle mais elle est de plus en plus criante et  visible. Dénoncée depuis longtemps et parfois vainement  par certains partis politiques, certains syndicats, certaines associations ; elle surgit actuellement brusquement à travers le mouvement des Gilets Jaunes, une partie du peuple ne disposant plus de revenus de subsistance nécessaire. Il faut donc mieux partager les richesses, soit par un retour à  des salaires décents  et raisonnables ( écart de 1 à 10 par exemple) soit par une imposition plus forte des hauts revenus pour financer notre modèle social français de  « l’Etat Providence ». Cette contribution des hauts revenus ne doit pas être exceptionnelle (ISF ou journées de solidarité) mais provenir d’un impôt direct progressif pour tous…

    Le challenge de la France dans la mondialisation actuelle, c’est de sauvegarder notre modèle d’Etat Providence ; ce modèle original,  nous assure l’Egalité, la Liberté et la Fraternité. Tous les Français doivent concourir à son financement selon leurs moyens (Déclaration des Droits de l’Homme de 1789) ; il faut donc rétablir les « contributions » et supprimer les « impôts » qui sont par nature impopulaires. Tous les Français doivent « contribuer » selon un barème progressif ; les plus nantis doivent manifester leur civisme  par leurs fortes « contributions » et la France doit bannir l’optimisation fiscale, les paradis fiscaux, et combattre les délocalisations fiscales  amorales et peu fraternelles (avis à nos PDG, à nos stars, à  nos grands sportifs…osons le dire, ils ne sont pas de bons Français !). Les bénéfices des entreprises doivent être répartis de manière plus juste (une partie  pour les investissements, une autre pour les actionnaires, un autre tiers  pour les salariés !) Quant à l’augmentation des salaires en % elle favorise  les plus forts, l’échelle mobile est donc  une meilleure solution  (la même augmentation en € pour tous). Mais dans notre monde capitaliste, l’augmentation des salaires dépend des entreprises et non des élus ! Cette « fraternité », on l’oublie,  doit être financière et  nous permettra de continuer à financer nos écoles, notre système de santé, la dépendance des anciens, nos services publics…

    Les Français sont-ils prêts à participer plus financièrement ? Ce n’est pas une option, c’est un devoir  pour tous que nous devons admettre ; les élus  ont le devoir d’y contribuer  par le vote l’exemple. Il est souhaitable de mettre en place, une pratique électorale plus démocratique, au sein des partis, des syndicats,  de retrouver un véritable pouvoir législatif  au sein de la Vème république, de  revenir au mandat présidentiel de 7 ans… Quant à la décentralisation elle doit se poursuivre en simplifiant le millefeuille territorial : regroupement des communes, suppression d’échelons (département ?…) Les élus sont des intermédiaires indispensables : légiférer  par le RIC, souhaité par les Gilets Jaunes, n’est que   du lobbying  et rendra  en permanence amer une partie du peuple ;  la démocratie représentative peut être améliorée par l’obligation d’animer des réunions d’informations et d’écoute  en cours de mandat ; mais  certaines questions , après un filtre, pourraient  être approuvées par référendum. Quant aux  élus, ils ne  sont pas des privilégiés mais un dépoussiérage de leur statut  serait le bienvenu.

    Si le monde libéral français  refuse d’intégrer  la fraternité, il appartient à nos  élus de  pouvoir trouver une solution étatique  pour sauvegarder le modèle français (redistribution des revenus, équilibre économique des territoires, répartition des services publics, répartition des moyens de santé (en particulier les médecins !) ; le libéralisme a ses limites…

 

    Les Français doivent-ils attendre tout de leurs élus ? Evidemment c’est non, les citoyens sont souverains en politique mais aussi en économie. L’arme des consommateurs  c’est le choix, voire le  boycott ! une entreprise délocalise, nous pouvons cesser nos achats ! (Whirpool , Ford,)  un PDG s’expatrie à l’étranger, nous pouvons éviter de fréquenter ses magasins (Décathon, Auchan ..…) une entreprise refuse de payer ses impôts, évitons-la (Amazone, …) ; ce pouvoir de consommateur  nous appartient ; les consommateurs peuvent  aussi devenir des lobbyistes ; le boycott citoyen  peut être ici  un moyen de pression très efficace…

    Il est évident que le peuple consommateur doit sauvegarder ses pouvoirs politiques, économiques, environnementaux. L’égalité c’est aussi le bien vivre, dans un milieu sain …Il faut privilégier les circuits courts (le bio évidemment), contrecarrer la « mal bouffe », préserver les ressources et lutter contre toutes les pollutions. Mais ce dossier du milieu environnemental est à étudier dans sa globalité, du niveau de la planète au niveau local ; les efforts doivent être partagés et planifiés sur le long terme. C’est au monde économique de faire sa transition écologique en premier.

    Le Français doit aussi améliorer son cadre de vie  en favorisant les situations sociales stables (ex : le couple, les enfants, la famille) ; en favorisant l’emploi des jeunes (c’est une évidence, peu comprise en haut lieu, il vaut mieux libérer un retraité pour  employer  un jeune !) Le temps de travail peut  être modulé selon l’âge ; il vaut mieux augmenter le temps de travail des 30/50 ans et accorder la retraite à 60 ans (il ne reste  qu’une vingtaine d’années à vivre ! )

     L’accès aux loisirs, aux sports  et à la culture doit être amélioré ; est-ce scandaleux de fermer les grandes surfaces le dimanche et jours fériés (mémoire de la Nation) et ouvrir les installations sportives  et les bibliothèques le dimanche ?

    La France vit une profonde mutation dans un contexte mondialisé ; la vérité est de moins en moins  réservée aux  « sachants » (les  scientifiques en particulier) mais elle  naît et s’impose par les médias et les réseaux sociaux …c’est un élément clé du succès des  « gilets jaunes ». Mais croire uniquement à la « violence » comme outil est contraire aux leçons de la Révolution : ce n’est pas la Prise de la Bastille qui a été le plus important pour les Français de 89, mais la nuit du 4 août par l’abolition des privilèges ! L’histoire n’a souvent    retenu que  le 14 juillet !

    Que ces nouveaux cahiers de doléances, soient  bien pris en compte par nos gouvernants et surtout par nos dirigeants économiques ; il faut que l’ascenseur redémarre !                                  

Jean-Michel Huon, ancien élu, retraité.