Depuis 1975 ,Tréguier a perdu près de 800 habitants . Jean-Michel Huon ancien premier adjoint et ancien professeur d'histoire-géographie s'est penché sur les causes du déclin de la population ttrécorroise.

Selon vous, quelle est la première cause du déclin démographique de Tréguier ?

L'exiguiïté de son territoire . L’ancienne capitale du Trégor,  Tréguier,  ne couvre que  150 ha …Sous l’ancien Régime , Tréguier régnait sur tout le Trégor à travers son évêché ; depuis la Révolution et la perte de son diocèse , le  rayonnement historique , religieux et culturel  ont suffi à la nouvelle commune  et elle n’a jamais eu la priorité d’étendre son territoire pour assurer sa pérennité.

PICT0138A partir des années 60 , son territoire s’urbanise complétement  créant de  nouveaux quartiers à la  périphérie ; les constructions de la fin du  XX ème siècle vont devenir beaucoup plus rares faute de terrains disponibles. Tréguier s'est retrouvé en  manque d’espace pour construire ses habitations , son nouveau collège , sa zone d’activité…. Peu à peu les acteurs économiques s’installent sur le Minihy : Cit-Alcatel, grandes distributions, garages , artisans, délaissent le centre-ville. Les emplois diminuent donc sur Tréguier et augmentent sur Minihy ; la voiture fait qu’on se déplace plus facilement et qu’on ne résidera plus forcément à Tréguier….Enfin le refus de Minihy-Tréguier d’envisager un avenir commun va s’avérer être un handicap.

Le manque de place n'est donc pas le seul problème ?

A la fin du XX ème siècle, une nouvelle tendance  a émergé : les urbains devenus  rurbains  se sont  installés  à la campagne . Tréguier , ville de commerçants et de fonctionnaires a vu ainsi sa population partir.

Trois  exemples  : le monde enseignant , les employés territoriaux et les commerçants . Aujourd’hui très peu de professeurs  habitent Tréguier (contrairement aux années 60/70) , peu d’employés municipaux vivent à Tréguier, tout comme les  commerçants ou personnels hospitaliers.

Comment expliquer le vieillissement de la population ?

De  nouveaux quartiers ont  été construits  dans les années 70, de nos jours ils ont vieilli ; les enfants sont partis ailleurs faute d’emplois dans le secteur ; ces quartiers ont perdu  au moins la moitié de leur population entre 1970 et l’an 2010 .

c’est particulièrement vrai pour les quartiers de Goas Mickaël et St Michel peuplés de jeunes  ménages ( 4 à 5 personnes) dans les années 70 et sont actuellement devenus des quartiers de retraités ( 1 à 2 personnes pour la même habitation).

La moitié des habitations à Tréguier selon l’INSEE sont occupées par une seule personne et  11 % des logements sont vacants. Les maisons anciennes du Centre-ville ou les maisons néo-bretonnes  attirent  peu les jeunes ménages.Sauf le nouveau lotissement de Kernabat qui, par accident immobilier , a favorisé la mixité sociale.

Pourquoi le taux de logements vacants est-il si important ?

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Tréguier est une ancienne cité épiscopale  , elle possède de nos jours de nombreux espaces remarquables  ,qui  n’ont pas toujours été mis en valeur faute de moyens financiers et de règlements  contraignants.

Ces dernières années , les deux monastères ont vu leurs religieuses disparaître avec  la maison de retraite des sœurs du Christ et les locaux laissés à l’abandon.

Cce sont des espaces clés pour le développement  urbain , l’accueil de nouvelles populations, mais que la ville trop pauvre et trop petite  ne peut acquérir. Ces espaces restent  donc  en friche et dépeuplés.

La fuite des emplois a pu également jpouer un rôle ?

Certainement , mais ça n'explique pas tout. Tréguier et son territoire  d’influence a vu le départ de la Cit-Alcatel , d’entreprises importantes (Colas/ex Bourgeois-Pichard), du site Edf de Kerfolic, de son hôpital actif (chirurgie et maternité, résidence Pierre Yvon-Trémel ), d’entreprises artisanales , de son  Centre de Sécurité Sociale et de ses activités portuaires marchandes.

Mais le territoire   a pu conserver ou attirer certaines structures : lycée, Centre hospitalier Gérontologique , blanchisserie inter hospitalière, Ateliers protégés et récemment la Maison des Services au public avec la Communauté de communes du Haut-Trégor.

 La bataille démographique n'est donc pas perdue ?

Tréguier , ancienne capitale du Trégor, a décliné depuis les guerres de La Ligue  du  XVI ème  au profit de sa voisine Lannion. Mais ses atouts restent  remarquables : un centre de pèlerinage (St Yves, Tro Breiz) , un tissu scolaire important et de qualité : Lycée Savina (sauvé de la disparition dans les années 60 !), deux collèges, Ecoles primaires , IME …Un hôpital gériatrique performant, un pôle culturel reconnu (théâtre de l’Arche) ,  un potentiel touristique impressionnant : ensemble épiscopal rare (Palais, cathédrale, cloître, cimetière) , le musée national Ernest Renan, port de plaisance,  de multiples associations dynamiques…

Il est nécessaire que Tréguier trouve sa place dans le Trégor.Coincée entre Lannion  et Paimpol elle est souvent prise en étau. Le rapprochement avec LTC peut-il   faire de Tréguier un pôle secondaire performant ?  Tréguier peut-elle  devenir  la capitale culturelle du Trégor ?

Quelle mesure urgente faut-il prendre pour stopper l'hémorragie ?

Il restera pour que la région de Tréguier  attire une population jeune  à créer une commune nouvelle : le retour à un nouveau Ploulandreguer plus étendu . Cela aura au moins le mérite de faire cesser les querelles intestines avec les communes limitrophes qui ont nuit ces dernières années à l’esprit communautaire du Haut-Trégor et de créer une nouvelle dynamique. N’oublions pas  que l’étroitesse de la ville bloque son essor et  interdit à Tréguier, un espoir de  grande croissance  démographique.